triangles 2 de Daniel de Montmollin

Émaux pour pot à bonsaï — un travail qui ne finit jamais

Quand j’ai commencé la poterie, utiliser des émaux du commerce aurait été la solution simple. Mais j’aime comprendre ce que je fais. Acheter un émail prêt à l’emploi, c’est obtenir un résultat sans vraiment savoir pourquoi. Développer ses propres émaux pour pot à bonsaï à partir de matières premières, c’est une autre histoire — c’est comprendre comment chaque oxyde, chaque fondant réagit à la chaleur, comment une matière brute et terne se transforme en quelque chose de vivant à 1275°.

C’est aussi l’autonomie. Mes couleurs n’existent pas dans un catalogue. Elles sont le résultat de dizaines de tests, de mélanges, de cuissons — et parfois de mauvaises surprises. Parce qu’entre ce qu’on imagine et ce que le four révèle, il y a toujours une part d’inconnu. C’est précisément ce qui rend cette recherche passionnante.

Les possibilités sont infinies. Là où un émail du commerce vous donne un résultat fixe et reproductible, travailler les matières premières ouvre un champ illimité — une nuance différente selon la terre, une texture qui change avec la température, une couleur qu’on ne retrouvera jamais exactement deux fois.

Le point de départ : un livre et des triangles de test

Tout a commencé avec le livre de Daniel de Montmollin, Pratique des émaux de grès — une référence incontournable pour qui veut comprendre la chimie des émaux. Les premiers tests suivent la méthode des triangles suggérée dans l’ouvrage : trois matières premières aux sommets, toutes les combinaisons possibles au fil des lignes. Un outil simple et redoutablement efficace pour explorer un espace de formules en une seule cuisson.

Les deux triangles de base

Ces premiers triangles ont révélé des choses inattendues — des gouttes d’huile, un vert de fer intéressant, quelques beiges et moutardes que je n’ai pas encore réussi à reproduire à l’identique. C’est l’une des réalités de la recherche d’émaux : certaines tuiles de test restent des accidents heureux, des souvenirs d’une cuisson particulière qu’on ne retrouvera peut-être jamais exactement.

Des gouttes d’huile et ce que l’on peut en tirer en superposition

Un vert de fer et quelque recherches autour

Les quelques jaunes et beiges qui méritent encore des recherches


Passer au calcul moléculaire

Après ces premières explorations empiriques, j’ai découvert le logiciel de calcul moléculaire ( Potoulz ). Cela change complètement l’approche — on ne travaille plus seulement par intuition mais en positionnant ses formules dans des diagrammes, en comprenant le rôle de chaque fondant : le calcium, le magnésium, les alcalins. J’ai construit trois recettes de base opposées au niveau des fondants, sans oxyde colorant, et réalisé un nouveau triangle.

Le triangle de base

Ce triangle révèle des transparents, des blancs, des mats, des satinés, des brillants et des craquelés.

Ajout d’oxyde métallique

À ce moment, j’ai prélevé les recettes de ce triangle et ajouté différentes concentrations d’oxyde à plusieurs endroits du triangle, et cela pour plusieurs oxydes différents. Tout en essayant de les répartir uniformément dans le triangle. Ce n’est pas encore complet, il aurait fallu tester chaque oxyde dans chaque case du triangle. Mais cela représente énormément de travail, chaque pesée se fait au millième de gramme car une petite différence peut tout changer.

Le résultat est frappant : selon la base choisie et la concentration en oxyde, les mêmes colorants donnent des résultats opposés. Un autre point est ressorti de ces tests. C’est la faculté que certains oxydes ont à rendre un mélange plus fondant.

quelques images valent mieux qu’un long discours

Ci-dessus pour les quatre oxydes colorants : au premier plan de bas en haut trois lignes suivant la concentration d’oxydes, du moins au plus concentré. Et les colonnes correspondent à des points du triangle. Au second plant des mélanges de plusieurs oxydes.


La cendre de chêne et le beige qui coule

Une piste inattendue est venue de la cendre de chêne non lavée. Ajoutée à certaines bases, avec ou sans oxyde, elle a produit un beige que j’aime beaucoup — chaleureux, naturel, avec une matière particulière. Mais il coulait énormément à la cuisson, ce qui le rendait inutilisable sur un pot.

La solution : ajouter du kaolin progressivement, petit à petit, cuisson après cuisson, jusqu’à trouver la bonne formule. C’est un bon exemple de ce que la recherche d’émaux demande — de la patience, une modification à la fois, et beaucoup de place pour stocker les tuiles de test.


Les mystères du four

Certaines tuiles ressortent du four avec quelque chose de particulier — une texture, une profondeur de couleur — qui pousse à creuser. Mais reproduire à l’identique est parfois impossible. J’ai joué sur la concentration en oxyde, le taux de silice, la densité de l’émail, cherché à me déplacer dans le diagramme. Sans succès.

La piste la plus probable : l’emplacement dans le four et les transferts d’émail entre tuiles voisines. Quand plusieurs tuiles se côtoient face à face dans une même cuisson, et que certaines contiennent du chrome, les interactions sont imprévisibles. Le four garde ses secrets.

vue d’un émail avec beaucoup de recherches mais qui n’est jamais ressorti

Les émaux aboutis

Quelques émaux pour pot à bonsaï ont aujourd’hui passé l’épreuve du feu avec succès — stables et utilisables sur un pot à bonsaï. Reproductibles dans leurs grandes lignes, mais jamais tout à fait identiques d’une cuisson à l’autre. C’est précisément ce qui fait le caractère d’un émail fait main. Une légère variation de température, un emplacement différent dans le four, et la couleur prend une nuance qu’on n’avait pas prévue. Pas un défaut, une signature.

Vous pouvez voir les quelques émaux relativement stables sur la page de mes émaux.

Un travail qui ne finit jamais

La recherche d’émaux ne s’arrête pas. Il manque toujours du temps pour tester, toujours une couleur qui résiste — un blanc craquelé, un turquoise, un vert léger, des cristallisations. Des effets qu’on entrevoit sur une tuile et qu’on n’arrive pas encore à maîtriser.

Je ne suis pas pleinement satisfait de ce que j’ai aujourd’hui. C’est peut-être ce qui définit le mieux cette recherche — on avance, on trouve, et l’horizon recule toujours un peu plus loin. C’est ce qui la rend vivante.

Si une couleur vous attire parmi ces essais, n’hésitez pas à me contacter. Certains tests peuvent enrichir ma gamme d’émaux pour pot à bonsaï sur mesure si la piste est prometteuse.

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